L’OCCAH se réjouit d’annoncer la récente réussite académique de Morgane Rosier, nouvellement docteure en développement international (Université d’Ottawa). Bravo à Morgane, chercheuse qui grâce à son implication a su attirer l’attention sur l’enjeu de l’aide au développement au Vanuatu.
Le 23 février 2024, Morgane Rosier a soutenu sa thèse intitulée « Aid Effectiveness in Small Island Developing States: The Case of Vanuatu » (« L’efficacité de l’aide dans les petits Etats insulaires en développement : le cas du Vanuatu »), sous la direction du professeur Stephen Brown. Elle propose une étude de cas en profondeur pour mieux comprendre le fonctionnement de la coopération internationale dans une région au cœur d’enjeux climatiques et géopolitiques brûlants.
Plus précisément, sa recherche doctorale porte sur le respect des accords non-contraignants en matière d’efficacité de l’aide, notamment les principes fondamentaux de la Déclaration de Paris de 2005 : l’appropriation de l’aide par les Etats récipiendaires, l’alignement des bailleurs sur les priorités de ces Etats, et l’harmonisation des bailleurs entre eux. Morgane étudie également l’impact de la pandémie de COVID-19 sur le respect de ces principes.
Elle s’intéresse aussi dans sa thèse aux liens entre les cadres normatifs de l’aide au développement et de l’aide humanitaire, dans un contexte d’exposition élevée aux conséquences du changements climatique dans le Pacifique.
Un peu plus sur la thèse :
Morgane montre que la présence de quatre incitatifs majeurs a conduit à ce que les principes ne soient appliqués que superficiellement au Vanuatu. Premièrement, le gouvernement a cherché à maximiser l’accès aux financements des bailleurs par le biais de stratégies trop ambitieuses qui s’adaptaient aux contraintes et aux priorités des donateurs en matière d’attribution des fonds et qui excluaient souvent la voix de la société civile au sens large. Deuxièmement, les bailleurs ont donné la priorité à la redevabilité envers leurs citoyen·ne·s plutôt que de s’aligner sur les priorités et les procédures nationales du Vanuatu. Troisièmement, la concurrence géopolitique entre les bailleurs « traditionnels » et la Chine a nui à l’harmonisation. Quatrièmement, l’histoire et l’expérience du Vanuatu en matière d’aide, en particulier en ce qui concerne les catastrophes naturelles, a également nui à l’harmonisation.
Morgane montre aussi que l’aide humanitaire et l’aide au développement s’impactent mutuellement de manières positives et négatives de diverses manières, et qu’elles font face à des défis similaires. Les explications principales à la simple coexistence de ces deux types d’aide sont la disponibilité et l’attrait de l’aide humanitaire, tant pour les bailleurs que pour les récipiendaires, et la séparation historique de ces deux formes d’assistance. Un financement plus flexible et la valorisation de partenariats et de programmes à long terme qui intègrent pleinement les connaissances et les pratiques locales seraient nécessaires pour combler le fossé entre l’aide humanitaire et l’aide au développement—tout en respectant le leadership du pays bénéficiaire et des organisations locales. Pour ce faire, il faudrait commencer par mettre fin à la division artificielle entre les principes de gestion de l’aide humanitaire et ceux de l’aide au développement.
Enfin, Morgane montre qu’en provoquant des rapatriements massifs de diplomates, d’experts et d’expertes étrangères et de personnel étranger, la pandémie de COVID-19 a permis au Vanuatu, pays récipiendaire d’aide, et aux organisations locales d’occuper davantage un rôle de premier plan dans les phases de réponse humanitaire et de relèvement qui ont suivi le cyclone Harold et la menace de la COVID-19 en 2020. Cependant, la réponse a été lente, plus lente que si les acteurs internationaux avaient été sur le sol du Vanuatu selon certaines personnes interviewées, mais la situation contrefactuelle ne peut pas être analysée. Malgré le manque de capacités logistiques et de ressources humaines du Vanuatu, les personnes interviewées ont généralement le sentiment qu’il était préférable que le pays gère la réponse et le relèvement. Les bailleurs ont continué à fournir un soutien financier, matériel et technique à distance.
La version finale de la thèse sera bientôt disponible gratuitement dans la base de données Recherche uO (https://ruor.uottawa.ca/home). Elle comprend un résumé en trois langues : anglais, français et bislama.
Autre intérêt de Recherche :
Plus largement, Morgane s’intéresse aux politiques et pratiques en matière de coopération internationale, d’aide publique au développement et d’aide humanitaire. Elle a récemment co-publié les articles et le chapitre suivants :
- Brown, S., & Rosier, M. (2023). COVID-19 vaccine apartheid and the failure of global cooperation. The British Journal of Politics and International Relations, 25(3), 535–554. https://www.doi.org/10.1177/13691481231178248
- Brown, S., & Rosier, M. (2023). COVID-19 vaccines and global health diplomacy: Canada and France compared. In Jakupec, V., Kelly, M., & de Percy, M. (Eds.), COVID-19 and Foreign Aid: Nationalism and Global Development in a New World Order (pp. 222–245). Routledge. https://www.routledge.com/COVID-19-and-Foreign-Aid-Nationalism-and-Global-Development-in-a-New-World/Jakupec-Kelly-Percy/p/book/9781032227115
- Rosier, M., & Savard, M.-C. (2022). Yumi stanap strong : la localisation de l’aide en contexte de COVID-19 au Vanuatu. Canadian Journal of Development Studies / Revue canadienne d’études du développement, 43(4), 509–529. https://doi.org/10.1080/02255189.2022.2084367






