8 novembre 2021

Le « management » du féminisme en tant que stratégie canadienne d’aide au développement : la nouvelle apparence d’un modèle vieillissant?

Chapitre de livre, rédigé par Marie-Claude Savard (Université du Québec à Montréal), dans Aumais, N. et Dorion, L. (dir), (sous presse, 2021) « Féminisme et management : enjeux et état de l’art des travaux ». Laval : Presses de l’Université de Laval.

Au cours des dernières années, le Canada s’est positionné en tant que chef de file en matière d’égalité des genres parmi les agences bilatérales d’aide au développement. En rejoignant les rangs de la Norvège et de la Suède, le Canada déploie désormais sa stratégie d’aide dans plus de quatre-vingts pays en voie de développement sous l’égide d’une politique d’aide internationale féministe (PAIF), lancée en juin 2017. Qualifiée d’audacieuse et de novatrice par les organisations de la société civile et le gouvernement lui-même, « la plus ambitieuse et la plus progressiste de l’histoire de la diplomatie canadienne », cette politique publique affirme que le moyen le plus efficace de réduire la pauvreté et d’instaurer la paix à l’échelle mondiale est d’intervenir au niveau des iniquités entre les femmes et les hommes (Gouvernement du Canada, 2017). Ainsi, depuis le lancement de la PAIF, 99 % du budget d’aide internationale du Canada sert à financer des interventions à l’étranger dont le résultat escompté est l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes et des filles des pays les plus pauvres (Savard et al, 2019). Grâce à ses engagements politiques féministes, l’image du Canada se voit ainsi rehaussée parmi les autres acteurs d’aide au développement international.

Bien que ce chapitre ne remette pas cause l’importance de l’égalité des genres dans la lutte contre la pauvreté, il soutient que la PAIF et les interventions qu’elle propose auprès des populations des pays en voie de développement, ne sont ni audacieuses, ni novatrices. Il s’agit plutôt d’une extension du discours dominant d’aide au développement, issu des pays occidentaux et critiqué depuis plusieurs décennies pour sa prétention d’universalité et son caractère paternaliste. La politique féministe du Canada n’interroge pas les structures d’oppression qui sont à la source d’iniquités entre les pays du Nord et du Sud. Au contraire, en proposant une vision féministe libérale et occidentale en tant que standard à atteindre, la PAIF pourrait involontairement s’adonner à une forme d’oppression et d’impérialisme culturel.

En attendant la parution de l’intégralité de l’ouvrage, le chapitre est disponible en format PDF.